Accueil - Parents Enfants - Gaucher contrarié contrariant
Date : 07 Juil 2024Catégories : Parents EnfantsScience
Comme si nos enfants n’étaient pas assez contrariants ! Si vous lisez ces pages, c’est qu’a priori, vous êtes sensible à la cause des gauchers et particulièrement celle du gaucher contrarié. Je ne peux donc que vous donner quelques arguments pour vos dîners en ville ou pour contrer votre chère belle-mère qui pense encore qu’être gaucher est une tare…
En France, on a forcé les petits gauchers à écrire de la main droite depuis des lustres et jusqu’au moins une bonne partie du XXe siècle. L’association lesgauchers.com et le Dr Michel Galobardès ont conjointement mené une étude en 2005 qui a révélé que, parmi les gauchers, un pourcentage significatif avait été « contrarié » pendant leur enfance, souvent à l’école. Après guerre et jusque dans les années 1970, les enseignants et parfois les parents contraignaient les gauchers à écrire de la main droite pensant ainsi mieux les adapter au monde des droitiers.
Quand vous abordez le sujet de la gaucherie en société, ce qui vous arrive évidemment tout le temps, vous vous rendez compte à quel point beaucoup de gauchers ont été contrariés dans l’enfance et se souviennent de pratiques traumatisantes qui pour certaines ont affecté leur développement moteur ou leur confiance en soi. On retrouve aussi ces témoignages dans la presse ou sur des forums en ligne. Par exemple, Jean-Pierre Fournier raconte que, dès la primaire, son bras gauche était attaché pour l’empêcher d’écrire avec sa main naturelle (Notretemps.com). D’autres témoignages confirment que cette pratique voire d’autres bien pires encore a été répandue et qu’elle a laissé des traces durables sur les individus concernés (LesGauchers) (Notretemps.com).
Heureusement, il y a de moins en moins de gauchers contrariés, mais enquêtez autour de vous et vous verrez que beaucoup de personnes de plus de 60 ans l’ont été.
La latéralisation à proprement parler se met en place tardivement chez le petit humain, en gros vers l’âge où l’enfant commence à vouloir s’attaquer à tout ce qui est à la portée de ses mains : bibelots hérités de l’arrière-grand-mère, livres fastidieusement classés par collection, auteur, couleur, taille, tout objet dangereux oublié sur le bord de la table basse, et/ou cuillère de purée de carotte. On a donc longtemps confondu latéralité et latéralisation. C’est pourtant un fait scientifiquement établi : on ne devient pas gaucher, sauf accident, mais on nait gaucher. Des études ont en effet montré que le cerveau des droitiers et des gauchers étaient différents, a priori in utero.
Contrarier un enfant gaucher part souvent d’un bon sentiment qui voudrait que cela lui « facilite la vie » puisque nous vivons dans un monde de droitier. C’est en réalité tout le contraire qui se produit.
On estime aujourd’hui que nous ne serions pas 15 à 17 % de la population à être gauchers, mais qu’il y aurait encore 3 à 4 % de faux droitiers qui seraient en vérité des gauchers contrariés dès la plus tendre enfance. En fonction des études, les gauchers atteindraient ainsi 20% voire jusqu’à 25% de la population.
Les gauchers représentent 20 à 25 % de la population
Les « faux droitiers » représentent 3 à 4 % de la population
Chiffres issus du livre « Comprendre et accompagner l’élève gaucher », Dr Michel Galobardès, Hachette éducation, 2014
Alors pourquoi ne faut-il pas contrarier les gauchers ? Parce que les gauchers le sont de naissance et contrariés ou non, ils rencontreront les mêmes difficultés, voire pire.
Être gaucher n’est ni une anomalie ni une faiblesse, au contraire. Nous sommes juste des êtres anti-horaire. Nous pensons et vivons le monde dans le sens inverse de celui des droitiers. Contrarier un gaucher, c’est mettre un sacré bazar dans son cerveau où le centre moteur et spatial sont côte à côte dans l’hémisphère droit – d’où la rapidité d’action et les prouesses sportives ! Le contrarié ne l’est pas uniquement dans son écriture ; il pourra par la suite développer des bégaiements ou d’autres troubles psycho-affectifs, liés à toutes ces perturbations qu’il n’aurait sans doute pas connues si sa latéralité avait été respectée.
« Gaucher contrarié dyslexie »… Ce sont souvent des termes que l’on trouve liés. La dyslexie est un trouble de l’apprentissage caractérisé par des difficultés à lire et à écrire. Des études suggèrent un lien entre contrariété et dyslexie en raison d’une perturbation des fonctions cérébrales. Le cerveau des gauchers fonctionne différemment de celui des droitiers. Forcer un enfant gaucher à écrire de la main droite peut affecter les zones de son cerveau liées à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture et pourrait augmenter les risques de développer une dyslexie.
Le bégaiement pourrait être influencé par la contrariété des gauchers à cause de la perturbation de circuits neuronaux. Si on force un enfant à utiliser sa main droite plutôt que la gauche, cela peut entraîner une pression cognitive supplémentaire et créer une tension psychologique qui pourrait aggraver les problèmes de fluidité verbale.
Anxiété, dépression, troubles de l’estime de soi voire d’autres conséquences psychologiques… Les gauchers contrariés seraient plus vulnérables à ce type de troubles. Le sentiment de frustration est « normal » chez tous les enfants, mais exacerbé chez les gauchers contrariés qui peuvent se sentir rejetés et incompris. Des études ont montré que les gauchers contrariés pouvaient avoir un niveau de stress et d’anxiété plus élevé que la moyenne et ils peuvent éprouver des difficultés à s’adapter socialement, devant constamment lutter contre leur instinct naturel. Des ados, mais en beaucoup plus jeunes et en moins mous !
Il est possible de retrouver sa latéralité d’origine, y compris pour écrire. Il suffit pour cela d’un peu d’exercice et d’entraînement. On refait le travail dans l’autre sens et contrariant sa main droite, notamment pour écrire.
Rappelons-nous que nous enfants sont uniques, souvent contrariés, voire frustrés. Laissons nos futurs petits génies des mathématiques, de l’escrime ou du tennis, au sens artistique hors du commun exprimer leur gaucherie et offrons-leur la possibilité de bien la vivre en leur offrant les outils adaptés ! Et comme disait Pierre Desproges : « Je suis un gaucher contrariant. C’est plus fort que moi. Il faut que j’emmerde les droitiers. »